Travaux et réalisations

 

État des travaux

Novembre 1899

Le Canal de Ialma est à présent presque totalement creusé, voire dégagé pour les vestiges que les fouilles ont pu mettre à jour. Les pompes des Portes de Ialma sont en cours d'installation. Le Canal devrait être prêt dans 2 mois pour l’Inondation : il ne sera pas navigable, mais pourra mettre en eau la Larme d'Ismara, qui servira, dans un premier temps, de réserve d'eau pour irriguer la région aux alentours. La saison suivante verra le parachèvement des travaux de génie civil : élargissement du Canal, dragage et approfondissement, construction d'écluses pour permettre la navigation de moyen gabarit jusqu'à la Larme.

Les travaux préparatoires du chemin de fer avancent. La plate-forme est en voie d'achèvement grâce à l'effort constant de milliers de terrassiers, Martiens des steppes embauchés sur les chantiers ou Oenotriens prisonniers de guerre. Il y a désormais un ruban presque ininterrompu entre Palentia et le Grand Port de Sinn, formé de nombreux déblais et remblais, en particulier lors du passage des Portes de Ialma. Le profil local présente une déclivité moyenne de 2,5 pour mille, avec certains passages à 3,6 pour mille, ce qui ralentira fortement la marche et mettra à rude épreuve les machines. Pour franchir les Failles, il a été nécessaire d'agrandir de nombreux passages naturels, et de jeter plusieurs audacieux viaducs. La mise en service du chemin de fer est prévue pour l'an prochain ; d'ici là, la C.V.J.P. s'emploiera à construire les installations fixes (gares, haltes, postes de ravitaillement...) ainsi que la voie elle-même.

 

Réalisations techniques

Le Canal ne présente guère de difficultés techniques particulières ; le génie civil martien possède en effet de très nombreuses solutions aux problèmes posés par le profil de la région, et notamment des écluses et des pompes de régulation.

Le chemin de fer, en revanche, présente deux difficultés majeures : la faiblesse de Mars en métaux et minerais, et l'impossibilité de se fournir en machinerie et en pièces détachées spécialisées sur Terre, pour encore 18 mois. Les ingénieurs de la Compagnie doivent donc trouver d'autres sources d'approvisionnement pour les rails, les machines et les roulements.

Il a donc été décidé de ne pas construire de "chemin de fer" au sens strict, mais de "chemin de pierre". Des tailleurs de pierre sont déjà au travail pour construire des blocs de pierre rainurés, qui seront disposés les uns à la suite des autres, la roue étant enserrée dans la rainure. La pierre, une variété martienne répandue, est connue pour sa durabilité et sa résistance aux chocs et au poids.

Les ingénieurs de la C.V.J.P. ont pu rassembler suffisamment de pièces détachées pour construire une locomotive en parfait état de marche, qui permettra d'assurer les premiers services sur la ligne, pendant sa montée en puissance. Le tableau d'horaires tient compte de cette limitation, en prévoyant un service aller-retour en deux jours, et un entretien minutieux de la locomotive entre deux services.

Les roues de la locomotive et des wagons sont également des pièces fortement consommatrices d'acier de grande qualité. Une variété de bois précieux de Mars est néanmoins connue pour sa grande résistance et sera donc utilisée pour construire les roues. Ces roues seront donc, plus que des produits d'ingénierie, de véritables sculptures et les menuisiers rivalisent déjà d'adresse et d'ingéniosité pour créer des oeuvres d'art, pour le plus grand plaisir des passagers. L'ingénierie reprendra tous ses droits à chaque arrêt du train, lorsque les roues seront attentivement inspectées pour déceler tout signe avant-coureur de faiblesse structurelle.